Des artistes et des bébés

Des artistes et des bébés

Aujourd’hui dans les lieux où les bébés sont accueillis, des artistes viennent à leur rencontre. Ils créent une œuvre devant eux, malgré eux, pour eux, pour les adultes qui les accompagnent ; ils interrogent les lieux par leur présence. Qu’en perçoit l’enfant ? Que ressent l’adulte ? Comment partager les regards, les sensations, les émotions ? Quel les le sens de cette présence artistique dans la construction du petit d’homme ? Quelle place prend cette rencontre avec l’enfant dans l’œuvre de l’artiste ?

Depuis 2001, des résidences d’artistes se déroulent dans des lieux d’accueil de la petite enfance du département des Pyrénées-Atlantiques. Les résidences sont à l’initiative et financées par le conseil général des Pyrénées-Atlantiques (direction de la culture). Les actions d’éveil culturel de ce département reçoivent par ailleurs le soutien de la CAF, de la DDASS et de la DRAC.

S’intéresser à la rencontre des jeunes enfants avec l’art, la forme, la couleur, les œuvres, les artistes, met en évidence cette question du point de vue : « D’où je suis… ce que je vois… ».

La rencontre des artistes et des œuvres avec les tout-petits a un rôle essentiel dans le construction du point de vue : manier les matériaux, faire l’expérience de la trace, utiliser les papiers découpés pour une autre création, voir se créer le tableau, s’en approcher, s’en éloigner, le redécouvrir le lendemain achevé… participent de cette rencontre avec la vision de l’autre.

Il ne s’agit pas d’utiliser l’art pour… en faire un moyen. Mais dans les questions qu’elle pose et la place qu’elle assigne à chacun, l’œuvre d’art se trouve bien à une place centrale.

La question du point de vue dépasse largement le seul sens visuel ; elle concerne aussi :

  • Les sons (trop fort, trop doux, trop grave…)
  • Les odeurs (parfum, cuisine, …)
  • Les goûts (mange c’est bon… moi je préfère l’amer, le tiède…)
  • Le toucher

On peut imaginer offrir à hauteur des enfants, comme au niveau des adultes : sculptures, peintures, photographies, tapisseries, reproductions, créations contemporaines et prêts de musée, qui permettent de partager « son point de vue » d’être humain.

Créateur de vie quotidienne

Chaque jour, à chaque instant, les adultes qui accueillent les petits enfants doivent aller chercher des réponses au plus profond de leur être de leur imagination, et c’est pour ça que la rencontre avec des artistes prend tout son sens pour eux.

On peut dire que créer, pour les professionnels de la petite enfance, est une évidence, et que de là à rencontrer des artistes, il n’y a qu’un pas. Pourtant, être créatif dans sa vie ne veut pas pour autant dire être artiste !

Imaginer de nouvelles rencontres entre les professionnels de la petite enfance et les artistes.

Tout accueil d’un artiste auprès de petits enfants devrait être précédé d’un entretien-travail entre l’artiste et le professionnel en charge des enfants.

La présence – résidence – d’un artiste en crèche (ou lors d’un atelier regroupant des assistantes maternelles) est bien le contraire d’une « activité peinture » qui serait animée par un intervenant extérieur pendant que les autres adultes présent s’occupent ailleurs.

La notion de « résidence » s’est peu à peu structurée autour de l’invitation faite à un artiste de séjourner dans un lieu pour y créer pendant un temps déterminé.

La proposition de résidence d’artistes dans les lieux d’accueil de la petite enfance (crèches, haltes-garderies, relais assistantes maternelles, consultations de PMI) participe de ce mouvement global qui inscrit l’artiste dans la vie. Car comme le déclare Gottfried Honegger (2003) : «  il faut vivre au contact de l’art. Seul son contact quotidien forme notre perception. C’est seulement ainsi que naissent la connaissance, l’identité, l’harmonie. L’art contient des informations qui nous concernent tous. L’art rend visible. Il est notre miroir, nos lumières ».

L’artiste se donne à voir, il ne crée plus dans le secret de son atelier. Une proximité, une certaine familiarité de l’acte créateur s’établissent tandis que le lieu de vie se trouve transformé par la magie de la présence artistique. Il y a rencontre avec un lieu, qui n’est là ni un lieu patrimonial, ni un bâtiment prestigieux, ni un paysage extraordinaire, mais un lieu dont la spécificité est d’être un lieu de vie, de la vie quotidienne, fait pour accueillir des bébés (taille, architecture, couleurs…), et un public, ici tout le temps présent, des petits enfants et les adultes qu s’occupent d’eux.

 L’artiste introduit la lenteur

Pour certains enfants restant souvent « spectateurs » lorsqu’une intervention est trop courte, la continuité de la présence permet de se familiariser avec l’artiste et ses outils. Ce sont souvent eux qui, après ce temps d’adaptation, ne quittent plus la table de peinture.

De même, les enfants que l’on présente comme « agités » voient d’abord quelqu’un qui peint avec « patience et lenteur », et sont incités à faire eux-mêmes l’expérience de la patience. Cette question du temps de la création rejoint celle du temps autour du développement de l’enfant.

C’est à tous les niveaux ( aussi et surtout à celui des adultes) que doit être signifié le fait que la transmission culturelle se situe dans le domaine du meilleur-être, du plaisir et de l’émotion.

de Marie-odile Némoz Rigaud

Responsable du pôle éveil éducation et médiation culturel au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Ex-psychologue en crèche à Bordeaux puis Pau, a coordonné pendant 20 ans les lieux d’accueil de la petite enfance et la formation des assistantes maternelles dans les Pyrénées-Atlantiques.

MES RESIDENCES

2019 – Résidence à la crèche des Papillons à Pontivy

2014 – Résidence à la crèche du Ptit Club à Vannes

2013 – Résidence au RAM de Belle Ile